Ca y est … c’est passé ; le temps des souffrances, du découragement, des peurs, des doutes de l’euphorie, du plaisir … toutes ces émotions qui font en partie l’essence de la course à pied sont derrière moi. A présent, un petit souffle mêlé de nostalgie (et de courbatures) souffle sur le souvenir de ce marathon. Que c’est passé vite.
Et, P… c’était vraiment bien.
Mais toutes courses commencent toujours par un entrainement.
Nous voilà début décembre et je ne me suis toujours pas positionné sur mon traditionnel marathon de printemps trop occupé à terminer avec Luc la saison sur des 1Okm.
Apres quelques hésitations ce sera « Barcelone ».
Ce début janvier est doux et agréable, et je me dis après une sortie galette hyper sympa, qu’il était temps à présent de mettre le bleu de chauffe.
Je ne sais pas pourquoi, mais ça me le fait à chaque fois.
Quand je vois le plan d’entrainement, je commence à mouiller le baigneur : quoi il est dingue il faut faire tout ca, et les allures de mobylette c’est aussi à faire ???? Mais bon après pour se donner du courage, on utilise la bonne vieille et fameuse méthode Coué :
« Cette méthode est une forme d’autosuggestion censée entraîner l’adhésion du sujet aux idées positives qu’il s’impose et ainsi un mieux-être psychologique ou physique. Elle se veut autant préventive que curative. »
En clair je l’ai déjà fait, je ne vois pas pourquoi je ne réussirais pas cette fois ci.
Pour mémoire les premières séances c’est : spécialités de spaghetti dans la bouche, les mains sur les genoux, des éclairs dans l’estomac, des rots supersoniques et surtout beaucoup de caouanne à transporter car à cette époque le « Cochon est gras !!! »
Ca commence à venir les séances commencent à être un peu moins pénibles et là tout bascule.. Mais Pu…. c’est quoi ces températures, ces Vladivostok à Gundershoffen et le plan d’eau s’est mué en lac Baïkal . Pour programmer les heures de sortie, j’ai passé le bac météo afin de trouver les heures les plus chaudes de la journée c’est à dire -6°, -7° et à ces températures j’ai découvert que les poils du nez frisent.
Les quelques séances en salle très récréatives substituent l’une ou l’autre sortie. Mais le plus terrible (ou le plus récréatif ) dans ces séances c’est de voir Didier le roi du Body Pump se déchirer de douleurs au bout de 20 secondes de tractions ou alors au bout de 5 secondes d’abdos, un régal de fou rire (très, très, bon pour le souffle ). Ces moments sont sympas dans la prépa car ça permet de revoir un peu de monde et de sortir carcan du plan d’entrainement.
Bon an mal an, la fin d’entrainement se passe bien dans la mesure où je débranche le cerveau et que j’exécute les séances comme un robot. La preuve, c’est que le fait de participer à un marathon ne devient réellement présent dans mon esprit que quinze jours avant l’échéance. Et là, dernier stress « P…. là, faut pas se blesser » . Pour me rassurer, je me dis que si je me blesse, je pourrai toujours faire Paris mais ce n’est qu’un pis-aller que je ne veux pas m’autoriser. Un sage m’a dit ne t’abandonnes pas à ce genre de considérations, tu vas faire ta course, il a raison.
Vendredi départ pour Barcelone content de retrouver des amis coureurs Belges et parisiens rencontrés au marathon de Rome il y a deux ans. S’en suit un repas fort sympa rythmé des différentes anecdotes et chambrages en tout genre
Dimanche réveil 6h.
En fin de compte c’est déjà depuis 4h30, je suis prêt à en découdre, mais je tente de rester impassible car c’est dans une heure trente le réveil alors je me dis que « la patience est la clé de la délivrance ». Six heures, je saute sur les affaires préparées religieusement la veille, reste plus qu’a engloutir « l’étouffe chrétien » (en décodé, le gatosport), faut se le farcir celui-là !!! Et surtout, preuve à l’appuie, j’ai fait un double nœuds à mes chaussures.
Je découvre en prenant le métro pour la ligne de départ qu’il y a plusieurs courants de pensée à cette heure bien matinale. Il y a ceux qui vont au marathon et ceux qui rentrent du marathon de la nuit. Vous aurez compris que certains sont déjà déchirés alors que les autres vont aussi l’être mais en fin de matinée, à la nuance près que ce qui va leur mettre la tête à l’envers n’est pas la même drogue.
8H30 Le départ.
C’est en partie pour ces moments qu’on se met minable pendant l’entrainement.
Les enceintes crachent « BARCELONA » de Freddy Mercury l’hymne des jeux olympique de 1992 (http://www.youtube.com/watch?v=MsB4a–WRTs).
Je vous laisse imaginer le cocktail molotov d’hormones qui vous électrise. Ceux qui ont déjà connu ce moment, vous comprendrez, et pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de vivre ce moment furtif et très intense, je vous le SOUHAITE.
Je franchis la ligne de départ et pendant le premier KM, je double des égarés de SAS comme d’habitude, c’est toujours pénible !!!! En plus spécialité folklorique locale, une voiture roule à coté des coureurs sur le parcours. Elle est expulsée manu-militari.
Bref, je mets en route et je check les indicateurs : jambes OK ; fatigue OK ; estomac OK, point de coté pas OK. Ce n’est pas vrai, au bout de 2 km, je ne vais pas me refaire le mauvais film de l’année dernière. Je ne me formalise pas, je reste concentré sur ma course et re-méthode Coué «ça va passer ».
KM5 on passe autour du Camp Nou le stade de Barcelone, je commence de plus en plus à prendre la mesure de la chance que j’ai : un vrai KIFF.
Ca monte en faux plats, ça tourne, ça nous trimballe un peu en ce début de parcours mais pour l’instant ça va pas trop mal. Km7 j’interpelle un coureur devant moi avec un maillot siglé «Antibes ».
Après les formalités de présentation, nous décidons de continuer la course ensemble.
KM10 ça roule toujours, les jambes répondent et l’Espagnol un peu couche tard commence à meubler les abords du parcours ce qui va de pair avec la température ambiante qui commence à grimper.
KM14 un sourire pour Sophie qui m’attend « Placa Catalunya » . Elle me tend mon premier ravito un sandwich de chorizo grillé. Dès la première bouchée je me sens des ailes pousser dans le dos, je regarde mon Garmin qui m’affiche 18,5 km/h. A ce rythme je peux jouer la gagne…
Un peu de marathon fiction histoire de se donner un peu de courage car la route est encore longue. En fait c’est une barre énergétique supra sucrée histoire de changer des gels. Le parcours est magnifique et KM17 il est temps à présent de passer devant l’homérique Sagrada Familia chef d’œuvre de l’architecture ibérique imaginée par l’architecte Antoni Gaudi. Je prends le temps de lever les yeux pour profiter du moment.
Passage au semi je suis dans mes temps de passage n’ayant pas les jambes pour viser 3h10 je me suis calé sur l’allure 3h15 dans le secret espoir de finir en 3h14. Mon ami antibois et moi faisons toujours route commune depuis maintenant quelques kilomètres et nos foulées se sont synchronisées. Ce qui aide car la course va vraiment commencer dans quelques hectomètres.
KM 26 c’est la partie à mon sens la plus fastidieuse du parcours c’est un long aller retour sur cinq kilomètres et nous croisons à ce moment le ballon des 2h45. Je pourrai dire que je les aurais vu au moins une fois pendant une course. Ce qui sauve cette partie du parcours c’est la foule très importante qui borde le parcours, c’est vraiment très, très sympa. J’en profite d’ailleurs pour prendre mon deuxième ravito à savoir un gel saveur SUCRE (beurk ) au goût aussi improbable que dégueulasse.
KM28 comme prévu ma petite femme est au RDV, quelques encouragements très réconfortants car maintenant ça commence à piquer au niveau des jambes. Par ailleurs le gel produit tous ces effets indésirables et mon estomac devient un chaudron magique. Allez courage, deux tiers de la course sont passés.
KM33 je me retourne à plusieurs reprises, ça me fait chier mais Stéphane cale un peu, je décide néanmoins de maintenir l’allure en espérant qu’il recolle.
KM35 ça pique fort et pour m’évader un peu je mets en route mon ipod.
KM 38 avant dernier ravito j’hésite, mais me risque quand même à un dernier gel, qui ne passera d’ailleurs pas mais le comble c’est qu’un coureur se rabattant derrière moi me percute le pied et me déséquilibre. Tel un félin je redresse la situation, tu rigoles je ne sais pas par quel miracle je ne suis pas tombé, et je réussis à me remettre en ligne pour terminer en 3h14.
KM40 Je sais que j’ai 20’ à 30’ secondes de mou pour passer sous les 3H15je mets tout ce que je peux pour garder un peu d’avance. Mais les traditionnelles crampes se rappellent à mon bon souvenir. Faut que je tienne plus que deux kilos. Je me dis « je viens de traverser la mer et maintenant je ne vais quand même pas me noyer dans la rivière ». KM 41 ça devient interminable d’autant plus que ça monte de plus en plus, c’est à ce moment que je repense au conseil d’un ami : « concentre toi sur l’arrivée et que sur l’arrivée ».
Ca y est dernière ligne droite je sprinte comme je peux, mais la jambe droite ne se plie plus. Pourvu que mes quelques secondes d’avance aient suffi.
J’arrête mon chrono et verdict au moins 3’ de trop. Sur l’instant je râle un peu mais tant-pis. Après quelques instants de lucidité, en faisant un peu les comptes : j’ai pris beaucoup de plaisir sur un très beau tracé, j’ai moins souffert que lors de mon dernier marathon et en plus je me suis fait un nouveau pote. Ca ma demandé beaucoup d’efforts dans la mesure ou tout l’oxygène à été dirigé vers les muscles et par conséquent il n’en restait plus beaucoup pour le cerveau un peu mou en fin de course.
Je vous fais un aveu, j’affectionne les aires d’arrivées car c’est un endroit de fraternité, la plupart on à été au bout de nous même, d’une même aventure et on a, (je le pense) partagé des sensations communes.
J’attends Stéphane pour le congratuler, on a partagé une belle aventure.
Ali
Merci pour les conseils, les encouragements et les félicitations.
